Résumé du concert Robert Glasper/Lionel Loueke (1ère partie Grégory Privat/Sonny Troupé)

Le célèbre festival de Jazz de la Villette (Paris 19e) s’est achevé ce dimanche 9/09/12 avec le concert de Grégory Privat & Sonny Troupé en 1ère partie puis de Robert Glasper & Lionel Loueke. Road trip près des côtes de la mer atlantique de 3h, le duo franco-antillais et le duo américano-béninois nous invitent dans une exploration Jazz aux rythmiques africaines en fil conducteur.

Grégory Privat & Sonny Troupé

C’est très simplement que ce jeune artiste de 27 ans, fils du pianiste de Malavoi* présente son concept en collaboration avec Mr Troupé fils également…Tout est dit dans le titre, 2 instruments guident le concert: le piano et le Ka**, rien d’autre! Pour ma part c’est la parfaite alliance car je chérie ces deux instruments et genres musicaux.

Si le gwoka avait déjà connu d’heureux mariages avec le jazz, notamment avec Mr Schwarz-Bart, fils (Jacques de son prénom) qui avait réuni le saxophone et le gwoka (entre autre l’album « Soné ka la », je le conseille vivement), ce nouveau regard jazz habilllé des courbes sonores antillaises est un vrai délice pour les oreilles et l’esprit. Un projet inédit.

Une course-poursuite. Un échange sans mots. La langue du ka vient se lier à celle du piano. Ils se comprennent, progressent à la même cadence, riment avec la même allure. On ne sait qui du piano, qui du ka suit l’autre. Un instant, je me retrouve plonger dans l’univers du léwoz***, le piano exulte ses notes les plus claires et arrache au Ka ses notes les plus graves. Tous deux se répondent, hurlent en accord. Le piano et le Ka s’emboîtent, se superposent pour former un tout indivisible. Tout se joue avec eux, au dernier morceau on se retrouve dans un tryptique des plus surprenants: un mélange de Jazz, Biguine, Hip Hop relevé par les sonorités du Gwoka. Une cacophonie intérieure. Une explosion des styles !

Que dire des performances scéniques de nos jeunes artistes. Une entrée sur scène chaleureuse, Sonny et Grégory illuminent la salle. Comme deux enfants, ils se chamaillent les notes, blaguent les accords, le sourire aux lèvres les deux compères s’amusent de leurs jeux. La bonne humeur est communicative. Spectateur, on veut également pénétrer dans leur détente récréative, on écoute, on regarde et on avale, on prend, on s’imprègne de ce piano et de ce ka…tout simplement. Ils dévalent les notes, arrachent les sons, extraient des rythmes l’essence de leur musique.

Robert Glasper & Lionel Loueke

2e concert, autre atmosphère. Si la première partie était tout en rythme, ici, on laisse la musique nous pénétrer subtilement, le démarrage se fait en douceur. Robert donne le ton très vite, plus en retenu, en introspection, la satisfaction est intérieure mais ne nuit pas à la qualité. Ici encore, on retrouve la correspondance des instruments piano et guitare. L’échange, la volée des notes, la réponse instantanée. L’ambiance est plus intimiste, la lumière se réduit et éclaire un îlot sur scène où se parlent les deux musiciens. Pas dans la langue des vivants, useless. La langue des mots sonores. Oui.

Si Robert Glasper est présenté comme un enfant du Hip-Hop Jazz, c’est une autre aventure musicale qu’il nous a délivré ce soir là. A l’opposé de son dernier album « Black Radio », on est immergé totalement dans une écriture jazz, pimentée par l’intervention de Lionel Loueke qui saupoudre les morceaux de sa langue natale (il est originaire du Bénin) et agrémente la couleur US du Jazz de son influence africaine. Son instrument devient son outil de percussion et rajoute une voyelle à l’alphabet de Robert Glasper. Ce dernier, n’en est pas en reste, chaque interprétation durerait au moins 30 min. Un morceau en cachait un autre. Un titre, une histoire, une vie qui nous happait sur la route des Etats-Unis puis de l’Afrique, peut-être le Bénin (?) pour susurrer à nos oreilles l’histoire d’un peuple, d’un monde. Emporté dans une ballade Jazz, la peau chaude, les tempes bourdonnantes, on se laisse enivrer par une longue écharpe de notes, on balance sur l’air jazzy, nos corps ne nous appartiennent plus.

Bémol toutefois pour le timing qui m’a paru très long entre chaque morceau et l’atmosphère peut être un peu lourde dans lequel Robert nous avait immergé mais que de bonheur d’entendre ce virtuose dompté le piano, se balader habilement sur les 73 touches noires et blanches…

En somme, 2 concerts, 2 duos aux univers très éloignés, 2 belles rencontres des genres.

Vite, vite je veux en savoir plus:

Grégory Privat et Sonny Troupé seront en concert au Duc des Lombard le mardi 11 Septembre à partir de 20h

https://www.facebook.com/gregory.privat

https://www.facebook.com/pages/SONNY-TROUPE

Robert Glasper sort le remix de son album « Black Radio » le 9 Octobre prochain

https://www.facebook.com/robertglasper

Lionel Loueke a sorti son album « Héritaj » le 27 Août dernier

https://www.facebook.com/lionelloueke?ref=ts

http://lionelloueke.com/

Crédit photo (Grégory privat & Sonny Troupé): Martine Sornay

*célèbre groupe martiniquais de biguine,

**célèbre tambour antillais

***rassemblement nocturne ancestral où les chanteurs, percussionnistes, danseurs et public se réunissent pour communier autour du Gwoka.

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