Interview June Shop, la marque ethnico-parisienne – PART I

Robe Baby Doll

Wax, Wax, Wax, tout le monde en devient crazy. De Yaoudé à Paris, des rues de la Goutte d’Or au catwalk de London, l’ensemble du peuple fashion adoube ce tissu venu d’ailleurs…Fini les tenues traditionnelles, place à la révolution culturelle, le mélange des styles! Depuis qu’Anna Wintour (grande prêtresse de la mode et surtout rédactrice de mode du magazine Vogue US) s’est affichée avec sa veste WAX Burberry, tout le monde veut se « waxéliser ».

Mais si la lumière se fait sur lui, le wax revu aux goûts du jour ne date pas d’hier. Quelques petites marques avaient déjà fait leurs places à Paris en s’inspirant de ce tissu détonnant.

Parmi celles que je suis, il y a JUNE SHOP : une marque d’ « influence parisienne avec le pulse de l’Afrique ». Des pantalons afro-nippons… ??!! Et oui ça existe! June l’a fait ! Des incontournables revisités, des pièces « out of nowhere », des blazers et des vestes d’inspi 80’s « waxés », June en a une ribambelle dans son atelier. Des couleurs qui réveillent Paris, des pièces uniques et sur-mesure qui vous font oublier l’angoisse du régime de la cabine d’essayage et tout cela avec l’extrême gentillesse et amabilité de Nelly, jeune créatrice et gérante de la marque JUNE SHOP. Moi je dis oui !

Pour vous, je l’ai rencontré par un ‘frais’ après-midi d’automne, petite présentation de sa marque :

Peux-tu te présenter ? Comment a commencé l’histoire de June Shop?

Je suis Nelly 32 ans, styliste et créatrice et gérante de la marque de prêt-à-porter June Shop, lancée en 2001 avec mon amie et associée, Julie. Depuis 2009, je suis la seule gérante car elle est partie vers d’autres horizons. Au tout début, nous n’avions pas de formation dans la couture. C’était de l’autodidacte, en commençant par la chose la plus simple, c’est à dire les sacs de plage car au tout début nous ne savions pas coudre. Au fur et à mesure, nous avons complexifié les coupes et commencer à faire des collections petit à petit.

Tu parles de ta marque comme un « melting mode » peux tu nous expliquer ?

Je suis née au Cameroun, toute ma famille y vit d’ailleurs. J’ai beaucoup voyagé entre la France et le Cameroun, fais ma scolarité entre les deux pays. Donc pour moi, c’était juste naturelle que la marque June aille dans ce sens. Je me disais : « j’aime les vêtements africains mais je n’en trouvais pas que je puisse porter en France et me sentir bien, je voulais des vêtements avec lesquels j’aurais pu aller à la Fac, sans être en tenue traditionnelle ».

June Shop est du Prêt-à-porter comme n’importe quelle autre marque mais avec une touche occidentale, actuelle et africaine. Je trouve également que cela va très bien avec la société française actuelle, qu’on aime ou qu’on n’aime pas mais qui est extrêmement métissée.

Robe mini à volants

Aujourd’hui de nouvelles marques mêlant style occidental et africain émergent sur le web. June shop a été l’une des pionnières sur le marché, que penses-tu de ces marques concurrentes?

ça fait 10 ans que je suis dans le métier mais honnêtement, plus il y a de la visibilité, mieux c’est. Il faut qu’on sorte le tissu pagne de sa  condition, le wax peut être mis hors saison, hors été, hors cadre festif  fête familiale ou autres. La mode est un milieu concurrentiel et le tri se fera naturellement. J’ai vu beaucoup des marques se lancer, ce n’est pas évident de créer et gérer une entreprise. C’est sûr qu’il y a un engouement en ce moment pour le wax, c’est l’effet Obama, je pense notamment à Burberry et sa dernière collection en wax qui est très belle, d’ailleurs. Maintenant si une certaine catégorie de personnes doit passer par Burberry pour aimer le wax, tant mieux, si ça peut me permettre de continuer. J’aime aussi cela car ça me pousse à faire toujours mieux, c’est un challenge.

Justement, Anna Wintour en manteau wax, ça doit être une fierté?

Oui tout à fait, si on peut sortir du folklore. Le wax doit être considéré comme n’importe quel tissu, il est tellement riche et de si bonne qualité. C’est une bonne alternative, une autre vision de la mode qui permet de sortir de celle de la grande consommation.

Quelle différence entre June et les autres marques? Quel est le profil type d’une June shopeuse?

La différence est que je suis très tournée P-A-P soit des vêtements que l’on peut porter à tout moment de la journée, pour aller bosser, pour sortir le soir, un dîner en amoureux. J’observe ce que font les autres créateurs et je constate que c’est très radical, soit c’est très soirée, donc on ne pourra pas le porter pour faire son shopping, soit c’est très typée afro, donc on va pas oser le porter pour aller au boulot. Ce que je fais avec June Shop, c’est par exemple de travailler des pièces uniques, en jouant sur la réversibilité, des bretelles amovibles etc. L’objectif étant que chaque cliente s’approprie le vêtement par rapport à son style et par rapport à sa garde-robe. Je ne suis pas pour le total look AFRO, la mode s’est aussi le mélange, mixer une petite pièce créa avec une fripe, je pense que c’est le profil de mes clientes: Jeune trentenaire, indépendante qui aime la mode et qui s’amuse avec, qui ne subit pas les diktats de la mode. Elle ressent ses origines sans se sentir déguisée.

Tu t’adresses vraiment à toutes les morphologies, ce qui est en opposition avec les diktats de la mode, pourquoi ce parti pris ?

En tant que femme africaine, la logique du 36, je n’ai jamais connu ça. Au pays, j’étais considérée comme maigre alors que je ne le suis pas et ici je me retrouve à faire des régimes. Ma clientèle est majoritairement Afro-antillaise, les morphologies sont différentes de ce qu’on peut nous proposer dans le commerce grand public. C’est pour cela que j’intègre toujours un travail de retouche pour tous les articles vendus afin de m’adapter à toutes les courbures. J’aime aussi beaucoup cette partie. Je suis une créatrice, j’estime que si je vends une robe à 80€, la cliente doit être contente de sa robe. Si elle fait le pas de venir chez moi et pas chez Zara par exemple, ce n’est pas pour retrouver le même service, sinon ce n’est pas intéressant pour elle.

Pantalon indien

June a un style très varié, tu peux habiller autant la jeune fille que la mère ? Travailler un style urban pour le jour et les robes de cocktail, c’est très étonnant comme choix ?

Effectivement, j’ai beaucoup de clientes qui viennent avec leurs mères ou me parlent d’elles et reviennent avec elles. Ou l’inverse. Ma cliente la plus âgée a 88 ans, elle me suit depuis 8 ans. C’est une française caucasienne qui a vécu en Afrique. Elle connaît bien la culture. Elle est vraiment hors de tous les styles. Mes plus jeunes clientes ont près de 15 ans.

Ma clientèle a beaucoup évolué, au tout début, j’avais beaucoup de femmes caucasiennes, qui connaissaient bien l’Afrique ou qui était dans un couple mixte. Après j’ai eu une vague de caribéennes, plus précisément des martiniquaises. En comptant les africaines, elles constituent aujourd’hui la grande majorité de ma clientèle. C’est intéressant de voir l’évolution en 10 ans, je pense que ça doit aussi être lié avec l’image de soi, l’effet Obama, le retour au naturel, le pouvoir des femmes dans la société en progression, l’évolution du niveau d’études chez les femmes africaines. Comparée à la génération d’avant qui n’avait pas accès aux postes les plus élevés. Maintenant leurs enfants intègrent des postes dans le luxe, la beauté, les médias et du coup le pouvoir d’achat s’en ressent. Il y a aussi le rapport homme/femme qui a changé, je me souviens de clientes qui me disaient « je vais demander à mon homme » car c’était lui qui payait. Aujourd’hui, je ressens vraiment la différence, les femmes se font plaisir.

Tu définies June shop comme un Ethno chic parisien, ne serait-il pas plus international ?

Ce n’est pas par rapport au style et ma vision des choses mais plutôt par rapport à mon implantation. Tous mes produits, vêtements, matières premières viennent du Cameroun, j’ai un atelier là-bas. C’était très important pour moi car c’est de là d’où je viens ainsi que mon inspiration. Mon atelier emploie 8-9 personnes. Je fais les prototypes, les assemblages et eux développent le produit. Il fallait que cela ait du sens, qu’on ne prenne pas juste la culture pour l’utiliser, il faut que ça revienne aussi d’où ça vient pour que tout le monde puisse profiter  de cette engouement pour l’Afrique. Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de clientèle en Afrique. Elle est différente, on est plutôt sur les vêtements couture, car je fais une collection couture par an, prochaine collection couture prévue pour Février 2012. J’ai plutôt des femmes de diplomates, ambassadeurs, personnalités des médias. Je vais un peu à l’étranger, Etats Unis, Caraibes pour revendre mes collections. Maintenant que j’ai fermé la boutique, je peux développer ce type d’activités car il m’était impossible de tenir tous les rôles, seule aux commandes: vendeuse, comptabilité, création, couture  et…maman. A présent, je travaille de chez moi, je reçois du lundi au samedi, je fais une vente privée par mois à mon domicile et un évènement différent par mois en extérieur, comme le fashion’brunch, des créateurs et des fripes ainsi que des collaborations avec une marque de cosmétique.

De nouvelles actualités à venir ?

Beaucoup de choses mais c’est la surprise en Janvier. De grosses choses!

Spencer crêpe

Vite, vite je veux en savoir plus

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